Une enquête mondiale menée par l’ONG Global Witness début 2025 tire la sonnette d’alarme : plus de 90 % des défenseurs de l’environnement et des droits liés à la terre ont déjà été victimes de harcèlement en ligne. Parmi toutes les plateformes sociales citées, Facebook arrive en tête comme l’espace numérique le plus toxique, devant X (ex-Twitter), WhatsApp et Instagram.
Ce phénomène n’est pas sans conséquences : trois personnes interrogées sur quatre affirment que ces agressions virtuelles ont eu un impact direct sur leur vie réelle, allant de la menace verbale à l’intimidation physique. Face à ce constat, cet article fait le point sur les principaux enseignements de l’étude, les raisons pour lesquelles les plateformes comme Facebook sont si problématiques, et les leviers pour mieux protéger les activistes… et les internautes en général.
L’essentiel à retenir
- Facebook domine tristement la liste des plateformes propices au harcèlement, selon une enquête globale d’activistes environnementaux.
- Le harcèlement numérique se traduit souvent par des menaces réelles, physiques ou psychologiques.
- Les femmes, notamment les femmes de couleur, sont exposées à des attaques disproportionnées et souvent sexualisées.
- Les plateformes de Meta sont critiquées pour leur modération insuffisante, notamment après l’abandon du fact-checking externe.
- Des mesures urgentes sont nécessaires : amélioration des modérations, prise en compte du contexte culturel, ressources dédiées et régulation
Facebook, plateforme la plus dangereuse pour les activistes ?
Un rapport alarmant pour Meta
Global Witness, une ONG spécialisée dans la protection des défenseurs, a interrogé plus de 200 activistes œuvrant dans 6 continents entre fin 2024 et début 2025.
Résultat : 92 % ont subi du harcèlement en ligne, avec 62 % pointant Facebook comme l’espace principal d’abus.
Ces abus ne restent pas cantonnés à l’écran. 75 % des personnes estiment que ces attaques ont eu des conséquences concrètes dans leur vie personnelle ou professionnelle.
Des attaques ciblant surtout les femmes
L’enquête met en lumière une réalité préoccupante : les femmes, et en particulier les femmes de couleur, sont les principales cibles de violences numériques.
Elles subissent plus fréquemment que les hommes des campagnes de diffamation, des propos sexualisés, des menaces, ou encore des formes de harcèlement spécifiques comme le « red-tagging », qui consiste à les désigner à tort comme subversives ou ennemies de l’État.
L’activiste indonésienne Fatrisia Ain témoigne par exemple avoir été faussement accusée sur Facebook de trahison ou de comportements jugés immoraux. Ces rumeurs en ligne ont ensuite alimenté des tensions sur le terrain, allant jusqu’à provoquer des menaces physiques lors de ses prises de parole publiques.
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Pourquoi Facebook est-il particulièrement problématique ?
Des mécanismes de modération en net recul
Depuis le début de l’année 2025, Meta a abandonné son système de vérification des faits par des partenaires indépendants, au profit d’une approche dite « communautaire », reposant sur les signalements d’utilisateurs.
Inspirée du modèle adopté par X (ex-Twitter), cette stratégie est largement critiquée pour son manque de rigueur et de transparence.
Résultat : les contenus haineux, mensongers ou menaçants se propagent plus facilement, sans véritable contrôle.
Des outils de protection jugés inefficaces
Selon une enquête relayée par The Guardian, les activistes sont confrontés à des vagues de menaces en ligne, et très peu d’entre eux estiment que les plateformes réagissent de manière appropriée.
En effet, seulement 12 % des signalements aboutissent à une action concrète jugée satisfaisante par les personnes ciblées.
Meta met pourtant en avant des fonctionnalités comme « Mots masqués » ou « Limiter les commentaires », censées aider les utilisateurs à filtrer les contenus offensants. Mais pour les victimes de campagnes coordonnées, ces outils apparaissent largement insuffisants, car ils reposent sur la vigilance de la personne ciblée plutôt que sur une protection structurelle efficace.
Quelles solutions pour mieux protéger les activistes et les internautes ?
Face à l’ampleur du harcèlement en ligne, notamment sur les plateformes de Meta, plusieurs pistes concrètes sont régulièrement évoquées par les ONG, les chercheurs et les victimes elles-mêmes. Voici les principales :
1. Renforcer la modération humaine et locale
Les plateformes doivent investir davantage dans des équipes de modération formées. Ces équipes doivent être disponibles en nombre suffisant et capables de prendre en compte les réalités culturelles et linguistiques locales. La modération automatisée ou centralisée ne suffit plus face à des formes de harcèlement souvent très ciblées.
2. Intégrer les communautés dans les décisions
Associer les utilisateurs, ONG, chercheurs et représentants de la société civile aux politiques de modération. Cela aiderait à comprendre les enjeux locaux et renforcer la légitimité des décisions. Cela passe notamment par la création de comités consultatifs indépendants.
3. Repenser les logiques algorithmiques
Les contenus polarisants ou agressifs sont souvent favorisés par les algorithmes de recommandation, car ils suscitent plus d’engagement. Il est urgent d’exiger une transparence sur le fonctionnement de ces systèmes. Il faut aussi encourager des modèles qui ne reposent pas uniquement sur la viralité.
4. Encadrer les plateformes par la loi
Les plateformes ne peuvent plus se contenter d’une autorégulation. Il faut des obligations légales claires. Notamment sur le traitement rapide et transparent des signalements de harcèlement, la protection des personnes vulnérables, et la neutralité des technologies déployées. Des initiatives comme le DSA (Digital Services Act) en Europe vont dans ce sens, mais restent encore insuffisamment appliquées.
Cette enquête met en lumière une réalité glaçante. Facebook est perçu comme l’environnement numérique le plus hostile pour le militantisme environnemental. Un lieu où la parole devrait être libre et protégée. Le harcèlement en ligne contribue à des risques physiques très réels. Il est urgent que Meta, les régulateurs et les communautés se mobilisent pour reconstruire un espace numérique sûr et respectueux des défenseurs du climat et des droits humains.