Bloquer les publicités, traduire une page, gérer ses mots de passe, comparer les prix ou accéder plus facilement à ChatGPT. Les extensions de navigateur sont devenues des petits outils du quotidien dont on ne se méfie guère. On les installe, on accepte leurs permissions et on les oublie souvent.
C’est précisément ce qui en fait une cible intéressante pour les cybercriminels. En 2026, les experts identifient les extensions malveillantes comme l’une des menaces à surveiller. Elles permettent d’exploiter un environnement auquel les utilisateurs font naturellement confiance, tout en pouvant accéder à une partie importante de leur activité en ligne.
Le problème est d’autant plus difficile à repérer qu’une extension dangereuse ne ressemble pas forcément à un logiciel malveillant. Elle peut avoir un nom rassurant, une interface soignée et même être distribuée sur une boutique officielle.
L’essentiel à retenir
- Une extension est un petit logiciel intégré au navigateur qui peut disposer de permissions importantes.
- Selon les autorisations accordées, elle peut accéder à des informations présentes sur les pages consultées ou observer une partie de l’activité de navigation.
- Les cybercriminels peuvent créer de fausses extensions ou détourner des extensions qui paraissaient légitimes.
- Une extension peut également devenir malveillante après une mise à jour.
- Les extensions qui imitent des assistants IA sont devenues une cible particulièrement intéressante.
- En 2026, Microsoft a identifié une campagne d’extensions malveillantes ayant atteint environ 900 000 installations et ciblant notamment les conversations avec ChatGPT et DeepSeek.
Une extension peut voir beaucoup plus que vous ne l’imaginez
Une extension n’est pas simplement une petite icône ajoutée à côté de la barre d’adresse. Pour fonctionner, elle doit parfois obtenir des permissions lui permettant d’interagir avec les pages que vous consultez.
C’est pratique pour un outil qui doit, par exemple, traduire une page ou analyser son contenu. Mais cela signifie aussi qu’une extension compromise peut potentiellement observer des informations sensibles.
- Vos recherches et les sites que vous consultez peuvent révéler vos habitudes, vos centres d’intérêt ou les services que vous utilisez.
- Vos conversations avec une IA peuvent contenir du code, des informations professionnelles ou des données confidentielles.
- Les sites professionnels consultés depuis votre navigateur peuvent donner des indications sur les outils, les projets ou l’organisation d’une entreprise.
Microsoft a justement découvert en 2026 plusieurs extensions Chromium qui se présentaient comme des assistants IA et collectaient les URL visitées ainsi que des contenus issus de conversations avec ChatGPT et DeepSeek. La campagne aurait atteint environ 900 000 installations et concerné des utilisateurs dans plus de 20 000 environnements professionnels.
Le danger ne se limite donc pas au vol d’un mot de passe. Une extension peut permettre de dresser progressivement un véritable portrait de l’activité numérique de sa victime.
Le piège peut être particulièrement bien caché
Le plus inquiétant est qu’une extension malveillante n’a pas nécessairement l’apparence d’un malware.
Elle peut reprendre le nom d’un service populaire, utiliser son logo ou proposer une fonction réellement utile. L’utilisateur installe alors ce qu’il pense être un simple outil de productivité.
Microsoft a notamment observé des extensions qui imitaient des assistants IA populaires. Elles étaient distribuées via le Chrome Web Store et pouvaient donc bénéficier de la confiance que les utilisateurs accordent naturellement à une boutique officielle.
Et le problème ne s’arrête pas au moment de l’installation :
- Une extension légitime peut être compromise par la suite. Une mise à jour peut introduire un comportement malveillant alors que l’extension était parfaitement normale auparavant.
- Un changement de comportement peut passer inaperçu. L’utilisateur n’ouvre généralement pas la page de gestion de ses extensions pour vérifier ce qu’elles font après chaque mise à jour.
- La boutique officielle n’est pas une garantie absolue. Les navigateurs disposent de mécanismes de contrôle et peuvent retirer les extensions malveillantes lorsqu’elles sont découvertes, mais certaines campagnes parviennent malgré tout à passer les contrôles ou à modifier leur comportement après leur publication.
C’est ce qui rend ces attaques particulièrement efficaces. Le logiciel dangereux peut se trouver exactement là où l’utilisateur pense être en sécurité.
Pourquoi les extensions IA sont devenues une cible privilégiée
L’essor de ChatGPT, Gemini, DeepSeek et des autres assistants a créé un nouveau marché d’extensions permettant de les utiliser plus facilement depuis le navigateur.
Pour les cybercriminels, c’est une opportunité particulièrement intéressante.
Les utilisateurs ne se contentent plus de demander à une IA des recettes ou des idées de vacances. Ils lui confient du code, des documents, des informations professionnelles, des données commerciales ou des problèmes internes.
Une extension capable de surveiller ces échanges peut donc récupérer des informations particulièrement précieuses.
Dans la campagne analysée par Microsoft, certaines extensions collectaient précisément les prompts et les réponses générés par les assistants IA, ainsi que les URL visitées. Les données pouvaient notamment révéler du code propriétaire, des processus internes ou des discussions stratégiques.
Le phénomène illustre une évolution importante. Les cybercriminels ne cherchent plus uniquement à voler les identifiants. Ils cherchent aussi à récupérer ce que les utilisateurs confient volontairement à leurs outils numériques.
Comment limiter le risque ?
La meilleure protection consiste d’abord à réduire le nombre d’extensions installées.
Une extension dont vous ne vous servez plus n’a aucune raison de rester active dans votre navigateur. Consumer Reports recommande notamment de faire régulièrement le ménage et de supprimer les extensions inutilisées afin de réduire la surface d’exposition.
Avant d’en installer une nouvelle, quelques vérifications peuvent également éviter de mauvaises surprises :
- Regardez qui développe l’extension. Un nom connu ou une marque facilement vérifiable est préférable à un développeur inconnu.
- Examinez les permissions demandées. Une extension qui réclame le droit de lire et modifier les données de tous les sites doit avoir une justification claire.
- Méfiez-vous des extensions qui promettent gratuitement des fonctions normalement payantes, notamment lorsqu’elles demandent des accès très larges.
- Supprimez les extensions que vous n’utilisez plus.
- Dans un environnement professionnel, privilégiez une liste d’extensions approuvées par l’entreprise plutôt que de laisser chaque utilisateur installer librement ses propres outils. Microsoft recommande notamment de limiter les extensions aux outils nécessaires et de contrôler celles qui disposent de permissions particulièrement larges.
Une extension de navigateur mérite finalement d’être considérée comme n’importe quel autre logiciel. Elle peut être pratique, mais elle mérite aussi qu’on sache qui l’a créée, ce qu’elle peut faire et quelles informations elle peut consulter.
C’est cette vigilance qui devient particulièrement importante à mesure que notre navigateur concentre davantage de données personnelles, professionnelles et confidentielles.