Demander à une intelligence artificielle de générer un mot de passe peut sembler être une bonne idée. Après tout, ces outils sont capables de produire des chaînes de caractères complexes en quelques secondes, souvent présentées comme « sécurisées ».
Mais une récente analyse remet sérieusement cette pratique en question. Derrière leur apparente complexité, les mots de passe générés par des modèles d’IA seraient en réalité beaucoup plus prévisibles qu’on ne le pense — et donc plus faciles à casser pour des cybercriminels.
Le problème ne vient pas d’un bug, mais de la nature même de ces modèles. Voici pourquoi utiliser l’IA pour créer ses mots de passe pourrait être une très mauvaise idée.
L’essentiel à retenir
- Les mots de passe générés par l’IA semblent complexes, mais sont souvent prévisibles.
- Les modèles d’IA ont tendance à reproduire des schémas et des structures similaires.
- Certains mots de passe générés sont même identiques ou très proches entre eux.
- Cette faible « aléatoire » les rend plus faciles à pirater.
- Il est préférable d’utiliser des outils spécialisés comme les gestionnaires de mots de passe.
Pourquoi l’IA n’est pas faite pour créer des mots de passe
Sur le papier, une IA semble parfaitement adaptée à cette tâche : elle peut générer des combinaisons de lettres, chiffres et symboles en un instant.
Mais en réalité, elle ne fonctionne pas comme un générateur sécurisé. Un modèle d’IA ne crée pas du hasard. Il prédit ce qui « semble plausible » à partir de ce qu’il a appris. Et c’est précisément là que le problème commence.
Contrairement à un générateur cryptographique, qui produit des chaînes totalement imprévisibles, une IA s’appuie sur des probabilités. Elle a tendance à reproduire des structures fréquentes, à éviter certaines combinaisons et à privilégier des schémas cohérents.
Autrement dit : elle génère quelque chose qui a l’air complexe… mais qui ne l’est pas vraiment.
Des mots de passe qui se ressemblent trop
C’est l’un des constats les plus préoccupants. Dans plusieurs tests, les mots de passe générés par différentes IA présentaient des similitudes importantes :
- Certaines structures reviennent régulièrement
- Des combinaisons de caractères sont répétées
- Certains mots de passe apparaissent plusieurs fois
Par exemple, sur une série de tests, plusieurs dizaines de mots de passe générés ne produisaient qu’un nombre limité de variantes réellement différentes. Cela signifie que, pour un attaquant, l’espace de recherche est beaucoup plus réduit que prévu. Et donc… beaucoup plus facile à explorer.
Pourquoi ces mots de passe sont plus faciles à casser
En cybersécurité, la solidité d’un mot de passe repose sur un élément clé : l’imprévisibilité. Or, les mots de passe générés par l’IA manquent justement de cette qualité.
- Des modèles basés sur des patterns : Les IA apprennent à partir de données existantes. Elles reproduisent donc des structures connues, ce qui les rend plus prévisibles.
- Une entropie trop faible : Les analyses montrent que ces mots de passe ont un niveau d’aléatoire bien inférieur à celui d’un mot de passe réellement sécurisé, ce qui réduit considérablement leur résistance aux attaques.
- Une surface d’attaque réduite : Si les mots de passe suivent des schémas similaires, un attaquant peut optimiser ses outils pour tester en priorité ces structures.
Résultat : ce qui devrait prendre des années à casser peut parfois être compromis beaucoup plus rapidement.
Un faux sentiment de sécurité
Le plus problématique, c’est que ces mots de passe donnent une illusion de sécurité. Ils contiennent des majuscules, des chiffres, des caractères spéciaux. Tout ce que les recommandations classiques demandent. Mais ces critères ne suffisent plus.
Un mot de passe peut sembler « fort » pour un humain — ou même pour un outil de vérification classique — tout en restant prévisible pour un attaquant qui connaît les biais des modèles d’IA. C’est ce décalage qui rend le risque particulièrement insidieux.
Pourquoi cette pratique se développe malgré tout
Malgré ces limites, de plus en plus d’utilisateurs demandent à une IA de générer leurs mots de passe.
Pourquoi ? Parce que c’est simple, rapide… et rassurant. En quelques secondes, l’outil propose une solution « clé en main », souvent accompagnée d’une explication qui renforce la confiance de l’utilisateur.
Mais cette facilité masque un problème fondamental : ces outils ne sont pas conçus pour produire du hasard sécurisé. Ils sont conçus pour produire du texte crédible. Et ce n’est pas la même chose.
Comment créer des mots de passe vraiment sécurisés
Bonne nouvelle : il existe des solutions simples et beaucoup plus fiables. Plutôt que de faire appel à une IA, mieux vaut utiliser des outils conçus pour la sécurité.
Quelques bonnes pratiques à adopter :
- Utiliser un gestionnaire de mots de passe comme Panda Dome Passwords
- Générer des mots de passe aléatoires avec un outil dédié
- Privilégier des mots de passe longs plutôt que complexes
- Activer l’authentification à deux facteurs
Ces solutions reposent sur de véritables mécanismes de génération aléatoire, conçus pour résister aux attaques modernes.
L’intelligence artificielle est un outil puissant, mais elle n’est pas adaptée à tous les usages. La génération de mots de passe en est un bon exemple. Derrière leur apparente complexité, les mots de passe générés par l’IA restent trop prévisibles pour être réellement sûrs.
Dans un contexte où les cyberattaques sont de plus en plus sophistiquées, s’appuyer sur des outils spécialisés reste la meilleure option. Parfois, la solution la plus simple n’est pas la plus sécurisée — et c’est exactement ce que cette étude vient rappeler.
