L’intelligence artificielle permet de créer des images pornographiques truquées à partir de photos publiques. Ces images utilisent le visage de personnes sans leur consentement.
Une étude du think tank allemand Agora Digitale Transformation révèle l’ampleur du phénomène chez les parlementaires européens. Les femmes sont 33 fois plus susceptibles que les hommes d’être représentées dans ces contenus ou associées à leur production. Une forme de violence numérique qui menace leur vie privée, leur réputation et leur participation à la vie publique.
L’essentiel à retenir
- Une étude a examiné 5 872 parlementaires européens. Elle a identifié 138 femmes et neuf hommes associés à des deepfakes pornographiques.
- Les femmes parlementaires sont 33 fois plus exposées que leurs homologues masculins.
- Des sites passerelles facilitent la création de deepfakes. Ils relient des profils publics à des outils d’IA capables de déshabiller artificiellement une personne.
- La fermeture des sites ne garantit pas la suppression des contenus. Les moteurs de recherche peuvent encore les afficher, et des serveurs privés peuvent conserver des copies.
Les femmes politiques, premières victimes des deepfakes sexuels
Pour mesurer l’ampleur du phénomène, Agora Digitale Transformation a examiné 160 sites connus pour héberger des deepfakes pornographiques ou des contenus sexuels non consentis. Entre le 16 et le 20 juillet 2026, ses chercheurs ont recherché les noms de 5 872 parlementaires des 27 pays de l’Union européenne.
Résultat : 138 femmes issues de 22 pays et neuf hommes ont été identifiés comme représentés dans ces contenus ou associés à leur production. Rapportés aux effectifs étudiés, ces chiffres correspondent à environ une femme parlementaire sur quatorze, contre un homme sur 500.
En France, l’étude a identifié 17 députées de l’Assemblée nationale. Quatre figuraient dans des contenus pornographiques, tandis que les chercheurs ont retrouvé les noms des autres dans des recherches liées à la création de telles images. Cette distinction reste importante. Les chercheurs n’ont pas nécessairement constaté la publication d’images pornographiques représentant toutes les personnes recensées.
Les fonctions exercées jouent également un rôle. Les femmes occupant des postes à haute responsabilité, notamment les ministres et les dirigeantes de partis, semblent davantage exposées. Leur visibilité publique multiplie les images disponibles que des tiers peuvent détourner.
Des sites qui facilitent la création d’images truquées
L’étude met en évidence un mécanisme particulièrement préoccupant : les sites passerelles, ou gateways. Ces pages présentent des informations biographiques et des photographies de personnalités publiques, puis renvoient directement vers des applications d’IA capables de modifier leur apparence.
En quelques clics, un utilisateur peut ainsi soumettre une photo à un outil de déshabillage artificiel ou remplacer un visage par celui d’une autre personne sur un corps dénudé.
Certains de ces sites affichent également des liens vers les comptes de réseaux sociaux des personnalités ciblées. D’autres ajoutent des commentaires dégradants sur leur physique. Ils ne diffusent pas nécessairement eux-mêmes des images pornographiques, mais fournissent les ressources qui en facilitent la fabrication.
Ce fonctionnement complique la lutte contre les abus. Un site qui met à disposition des photographies et des liens vers des outils de génération peut être plus difficile à attaquer juridiquement qu’une plateforme qui héberge directement des contenus illicites.
Une violence numérique aux conséquences bien réelles
Les deepfakes sexuels ne se limitent pas à une atteinte à l’image. Ils peuvent servir à humilier une personne, à exercer un chantage ou à porter atteinte à sa crédibilité.
Dans le cas des femmes politiques, ces pratiques peuvent également contribuer à les dissuader de prendre la parole publiquement ou de poursuivre leur engagement.
L’exposition pose un problème particulier lorsque les moteurs de recherche affichent des contenus associés au nom des victimes.
La suppression d’un site ne règle pas toujours le problème. Des copies peuvent subsister sur d’autres plateformes, être conservées sur des serveurs privés ou continuer à apparaître dans les résultats de recherche. La multiplication des outils d’IA rend par ailleurs possible la création de nouvelles images à partir des mêmes photographies publiques.
Pourquoi la législation ne suffit pas ?
L’étude relève que les pays disposant d’une législation pénale spécifique aux deepfakes n’affichent pas nécessairement une exposition plus faible de leurs parlementaires. Les chercheurs ne concluent toutefois pas à l’inefficacité de ces lois. Les fermetures de sites et les poursuites peuvent limiter les abus, sans empêcher toutes les nouvelles créations.
En France, l’article 226-8 du Code pénal sanctionne notamment la diffusion sans consentement de montages sexuels représentant une personne, y compris lorsque l’IA génère ces contenus.
La réponse doit également passer par les plateformes, les hébergeurs et les fournisseurs d’outils d’IA. Le signalement des contenus, leur retrait rapide, la limitation des usages abusifs. Et la protection des victimes sont autant de leviers complémentaires.
